Le Los Angeles Chamber Orchestra a annoncé une série de six commandes conçue et soutenue par Seth MacFarlane, qui a personnellement choisi les compositeurs. John Williams, Ludwig Göransson, Joel McNeely, Thomas Newman, James Newton Howard et John Powell écriront chacun une fanfare. Les créations sont annoncées pendant la saison 2027-2028 de LACO, en ouverture de plusieurs concerts et lors de programmes au Wallis.
Le communiqué précise que la première sera celle de John Williams, à l’automne 2027, dans la nouvelle salle Terri and Jerry Kohl Hall du Colburn Center. La saison complète ne sera annoncée qu’au printemps 2027. À ce stade, aucune instrumentation détaillée ou esthétique des six pièces n’est publiée dans le communiqué.
La liste de noms attire naturellement l’attention. Mais l’élément le plus intéressant pour le métier est le format choisi. Une fanfare d’ouverture n’est ni un extrait de bande originale, ni un thème de film privé de ses images. C’est une commande neuve, brève, conçue pour faire commencer un concert.
Une forme d’ouverture doit établir sa règle immédiatement
Au cinéma, une idée musicale peut être préparée par le montage, un personnage, un décor ou plusieurs scènes. Une fanfare entre sans ce contexte. Elle doit poser son monde en quelques gestes et donner au public la sensation qu’une porte vient de s’ouvrir.
La brièveté ne simplifie pas l’écriture. Elle réduit le temps disponible pour établir une hiérarchie. Quel matériau doit être compris dès la première attaque ? Qu’est-ce qui peut se transformer ? Quelle énergie appartient au début, et laquelle doit être gardée pour la fin ?
Ce problème existe aussi dans une musique à l’image. Un logo sonore, un générique ou l’ouverture d’une séquence n’a pas toujours le temps de développer un thème. Il doit rendre sa fonction lisible sans tout dire. Une idée courte supporte mal les éléments décoratifs qui ne participent pas à sa trajectoire.
Ouvrir un concert ne signifie pas seulement jouer fort
Le mot fanfare évoque facilement les cuivres, la projection et l’éclat. Le communiqué ne permet pourtant pas de décrire les partitions à venir. Ce que la fonction impose, en revanche, est une relation particulière à la salle.
La pièce arrive devant un public qui s’installe dans l’écoute. Elle doit transformer cette disponibilité en attention commune. Une attaque massive peut le faire. Une construction plus retenue peut aussi créer l’attente, à condition que sa direction soit perceptible.
Pour un compositeur de cinéma, la tentation serait de traiter la forme comme une scène d’action sans images. Ce serait oublier que le concert fournit son propre récit: l’entrée de l’orchestre, l’acoustique, le silence qui précède, puis l’œuvre principale qui suivra. La fanfare doit fonctionner comme ouverture tout en acceptant sa place dans une soirée.
Six signatures autour d’une fonction publique
Les six œuvres partagent une fonction publique: ouvrir un concert. Le contenu des briefs individuels n’est pas publié. Le projet permettra néanmoins d’entendre des réponses différentes à ce cadre commun.
Une commande collective de ce type permet d’entendre ce qui subsiste d’une écriture lorsque l’image disparaît. Pas une collection de procédés reconnaissables plaqués sur l’orchestre, mais une manière d’organiser le temps, la densité et l’attente.
La comparaison demandera toutefois de la prudence. Les œuvres seront créées au fil d’une saison, dans des programmes différents. Leur fonction commune ne transformera pas automatiquement l’ensemble en concours de styles. L’acoustique, l’ordre du concert et les œuvres voisines influenceront chaque écoute.
La filiation hollywoodienne est concrète
Le communiqué de LACO présente l’orchestre comme fondé en 1968 par de grands musiciens de studio de Los Angeles. Le projet relie donc la salle de concert et le cinéma par les interprètes autant que par les compositeurs.
Cette précision compte. L’orchestre de studio n’est pas une abstraction sonore. Ce sont des musiciens capables de lire vite, de comprendre une intention, d’ajuster une articulation et de produire une cohérence sous contrainte. En concert, les mêmes qualités changent de temporalité: l’œuvre n’est plus enregistrée pour être montée, elle est jouée comme un événement continu devant le public.
La commande ne cherche donc pas seulement à déplacer des noms du cinéma vers le concert. Elle met en valeur une culture d’écriture et d’interprétation déjà partagée à Los Angeles.
Commander crée du répertoire, programmer entretient une mémoire
Un concert de musique de film repose souvent sur des suites, des thèmes ou des extraits déjà associés à des images et à une mémoire populaire. Ici, les commandes sont nouvelles et ne sont encore associées à aucune mémoire de film publiée.
Ce déplacement est important. Il ne demande pas aux compositeurs de rejouer leur catalogue. Il leur donne une fonction précise et un orchestre réel, puis crée des pièces susceptibles d’être reprises indépendamment de toute campagne de film.
La suite dépendra notamment des effectifs, de la disponibilité des partitions et des reprises après la saison 2027-2028. Une création devient du répertoire lorsqu’elle circule. Pour l’instant, le projet annonce six commandes et six créations réparties dans la saison, avec aussi des exécutions au Wallis.
J’attendrai les créations avant de commenter la musique. L’annonce permet déjà de rappeler une chose utile pour toute commande: une contrainte brève et explicite n’appauvrit pas nécessairement l’écriture. Elle oblige à savoir ce que le premier geste doit accomplir.
