Robinson Senpauroca
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Une nuée de signes noirs et bordeaux se resserre en lignes puis devient une grille de modules graphiques distincts sur papier crème.

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Ni vue, ni connue : ce que 140 éléments de travail révèlent du score

L'entretien autour de Ni vue, ni connue éclaire l'écart entre le laboratoire du score et son album. Une leçon sur versions et validation.

La bande originale de Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi, composée par Bertrand Burgalat, est désormais disponible en numérique. Tricatel édite également un vinyle de 24 titres. Derrière cet album d’environ 34 minutes se trouve un chiffre plus révélateur du travail pour l’image : à la fin du projet, Burgalat dit avoir retrouvé sur la plateforme d’échange environ 140 morceaux, essais et versions.

Ces nombres ne mesurent pas une performance. Ils rendent visible la différence entre la musique fabriquée pour un film et la musique retenue pour un album. L’une naît dans la conversation, avec ses variantes et ses impasses. L’autre organise une écoute autonome.

Une version n’est pas forcément un morceau jeté

Cent quarante éléments déposés sur une plateforme ne signifient pas cent quarante compositions terminées. L’entretien distingue des morceaux, des essais et des versions. Une variation d’accord, d’instrumentation ou de durée peut produire un nouvel export sans créer une œuvre entièrement nouvelle.

Cette nuance compte dans une production. Compter les fichiers donne rarement une image fidèle du volume musical. Un cue de quarante secondes peut demander de nombreux réglages parce qu’il doit changer la perception d’un personnage sans commenter la scène. Un autre peut être validé rapidement tout en durant plusieurs minutes.

La plateforme d’échange devient alors une mémoire des décisions. Elle conserve ce qui a été tenté, retiré et parfois déplacé vers une autre scène. Cette mémoire permet au réalisateur de revenir sur une piste sans demander au compositeur de la reconstruire.

Le réalisateur ne choisit pas seulement entre oui et non

Burgalat décrit Marc Fitoussi comme précis dans ses demandes. Il explique aussi avoir écrit certaines musiques avant le tournage, notamment pour le générique d’ouverture, à partir des indications du réalisateur.

Le travail ne consiste donc pas uniquement à poser une musique sur une image verrouillée. Une pièce peut précéder la scène, influencer son énergie, puis être ajustée lorsque l’image existe. Dans l’autre sens, une version non retenue à un endroit peut rester disponible pour un autre.

Je trouve ce processus plus intéressant que le récit du compositeur qui trouverait immédiatement « la bonne musique ». Une collaboration solide sait produire des différences lisibles. Elle permet de comprendre pourquoi une note, un accord ou une couleur rapproche la scène de l’intention, ou l’en éloigne.

L’album ne documente pas toute la fabrication

La liste publiée par Tricatel compte 24 titres. Plusieurs durent moins d’une minute. Leur présence rappelle que la fonction d’une musique de film ne dépend pas de sa longueur. Une courte transition peut installer un point de vue, relier deux espaces ou modifier le rythme d’une entrée.

L’album donne des titres et un ordre à 24 plages. Les sources ne permettent pas de reconstituer les quelque 140 éléments de travail, ni de savoir quelles versions ont été proches de l’image finale.

Il faut résister à une conclusion trop séduisante : 140 essais ne prouvent pas que la production a hésité sans fin, pas plus que 24 titres ne prouvent que seuls 24 cues existent dans le film. Les sources décrivent deux objets différents.

Versionner, c’est protéger la conversation

Pour un réalisateur ou un producteur, le cas fournit une leçon simple. Les versions doivent être nommées et conservées. Chaque export devrait indiquer le cue, la version et, lorsque l’image évolue, le cut concerné. Sans cette discipline, l’abondance devient rapidement une confusion.

Je préfère aussi que les retours disent ce qui change. « Version 7 validée » est moins utile que « garder l’entrée et le mouvement, alléger l’accord sous la réplique ». Cette phrase permet de construire la suite et d’éviter de perdre une qualité en corrigeant un autre problème.

L’historique doit rester un outil, pas une autorité. Le fait qu’une proposition ait existé ne justifie pas de la remettre partout. Une ancienne version revient si elle résout mieux la scène actuelle, pas parce qu’elle attend sagement dans un dossier.

La BO devient un objet d’écoute autonome

Écouter un album de score permet d’entendre les plages hors de leur fonction à l’image. Le générique de fin et le titre All About Corinne peuvent être écoutés sans l’histoire qui les entourait au cinéma.

La liste publiée ne permet pas de dire comment cet ordre a été décidé, ni si des plages ont été adaptées pour l’album. Elle permet seulement de constater que des formats très brefs côtoient des titres plus longs dans l’édition finale.

L’actualité remise en lumière aujourd’hui ne révèle donc pas seulement une musique. Elle rapproche deux objets distincts : un historique de travail comptant environ 140 morceaux, essais et versions, et un album de 24 titres. Le travail essentiel reste celui de la décision : conserver une trace assez précise pour pouvoir choisir, puis accepter que l’album ne raconte pas toute l’histoire du film.

Sources

Les faits rapportés ici viennent des sources suivantes.

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Robinson Senpauroca est compositeur pour le cinéma, le théâtre et la publicité. Sélection Cannes 2023 (Quinzaine des Cinéastes).

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