Robinson Senpauroca
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Partition graphique à l'encre : plusieurs lignes horizontales dévient de leur trajectoire pour contourner un unique trait vertical épais, laissant un vide autour de lui.

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2h20 enregistrées, 82 minutes retenues

Pour Disclosure Day, trentième collaboration Spielberg-Williams, les séances ont été étalées sur six mois. À 94 ans, Williams a enregistré 2h20 de musique pour 82 minutes retenues au film.

Un chiffre traîne dans la couverture de Disclosure Day, le film de science-fiction de Steven Spielberg sorti en juin, et personne ne s’y arrête vraiment.

Sept séances d’enregistrement, étalées sur six mois. La première le 11 septembre 2025 chez Sony, la dernière en février. Un orchestre de 96 musiciens. Deux heures vingt de musique enregistrée, pour un film qui en retient quatre-vingt-deux minutes.

C’est la trentième collaboration entre Spielberg et John Williams, qui a 94 ans. Et ce calendrier n’est pas un détail d’intendance : c’est le sujet.

Ce que six mois veulent dire

Dans la vie courante du métier, une partition de long-métrage se met en boîte en quelques semaines. Vous recevez le montage, vous écrivez, vous enregistrez, souvent en deux ou trois jours de studio parce que l’orchestre coûte cher à l’heure. Le calendrier vous est donné, et la question de savoir s’il vous convient n’est pas posée.

Ici, les séances ont été réparties autrement. Sept rendez-vous espacés, de l’automne à l’hiver, pour laisser à Williams le temps de concevoir puis d’enregistrer par blocs. C’est le seul aménagement documenté, et il suffit à sortir de l’ordinaire.

Je ne connais personne à qui ça arrive. Et ce n’est pas d’abord une question d’argent : sur une post-production de blockbuster, avec une date de sortie verrouillée longtemps à l’avance, l’étalement dans le temps est souvent plus difficile à obtenir qu’une ligne de budget supplémentaire.

Ce qu’il a fait de ce temps

Le résultat n’est pas celui qu’on attendrait d’un tel dispositif.

Spielberg décrit probablement la partition la plus retenue que Williams ait écrite pour l’un de leurs films, quelqu’un qui se retient d’une manière subtile et belle. La chronique de Soundtrack World va dans le même sens : des thèmes délicats, souvent portés par l’orchestre sans les trompettes ni les trombones, avec le piano au premier plan.

Six mois, 96 musiciens, deux heures vingt gravées pour quatre-vingt-deux retenues, et une partition qui choisit la retenue. Chez le compositeur des Dents de la mer et de Star Wars, c’est en soi une information. Le rapport entre ce qui est enregistré et ce qui reste au montage dit d’ailleurs quelque chose que tout compositeur connaît : une bonne partie de ce qu’on écrit ne survit pas au film.

Sur la direction, le générique de l’album crédite Williams aux côtés de William Ross et Randy Kerber, à l’orchestration comme à la direction. Variety rapporte que des proches du compositeur affirment qu’il a orchestré toute la partition et dirigé une grande part des séances. Les deux versions coexistent, et je n’ai pas de raison de trancher. Ce qui est sûr, c’est qu’à 94 ans il s’est tenu devant 96 musiciens, et ça n’est pas une figure de style.

La part qu’on ne sait pas

Un détail circule, et je le donne pour ce qu’il est : rapporté, non confirmé. Williams aurait suggéré à Spielberg quatre autres compositeurs pour le film. Classic FM l’écrit au conditionnel. Aucun nom n’est connu, et personne ne sait ce qui s’est dit entre eux.

Ce que rapportent plusieurs sources, c’est que Spielberg est allé le chercher et que Williams a fini par accepter. L’article de Variety précise qu’aucun des deux n’a été interrogé. Ce dernier avait pourtant laissé entendre en juin 2022, alors qu’il travaillait sur Indiana Jones et le Cadran de la destinée, sorti l’année suivante, qu’il pourrait arrêter les musiques de film. Il était revenu sur cette déclaration quelques mois plus tard, en disant de Spielberg une chose que je trouve juste : ce n’est pas un homme à qui on peut dire non.

Je ne vais pas broder au-delà. On peut lire cette histoire comme celle d’un compositeur qu’on retient, ou comme celle d’un compositeur qui avait envie qu’on le retienne. Les deux versions sont plausibles et je n’ai aucun moyen de trancher.

Ce qu’on peut en tirer

Rien de reproductible, disons-le tout de suite. Personne n’étalera six mois de séances pour vous. Ce cas existe parce que cinquante ans d’histoire commune et un réalisateur en position de demander cet aménagement se sont additionnés.

Mais il y a une chose transposable, et elle tient à ceci : ce qu’une production accepte d’aménager pour vous est un bon indice de votre position réelle. Pas le seul, la santé du planning et le pouvoir du réalisateur y sont pour beaucoup. Un indice quand même.

Sur un premier court-métrage, on vous donne dix jours et vous les prenez. Après trois films avec la même équipe, vous pouvez commencer à dire qu’il vous en faut quinze. Ce n’est pas du caprice, et c’est souvent plus parlant que le montant du devis.

Hier, j’écrivais sur Nanni Moretti, qui après cinquante ans confie sa musique à un compositeur qu’il n’avait jamais employé. Aujourd’hui, un réalisateur qui étale ses séances plutôt que de chercher quelqu’un d’autre. Je ne connais les raisons ni de l’un ni de l’autre, et les rapprocher serait fabriquer une symétrie qui n’existe peut-être pas.

Ce que je retiens des deux, plus modestement : la place d’un compositeur sur un film se lit autant dans le calendrier que dans la partition.

Sources

Les faits rapportés ici viennent des sources suivantes.

À lire ensuite

Robinson Senpauroca est compositeur pour le cinéma, le théâtre et la publicité. Sélection Cannes 2023 (Quinzaine des Cinéastes).

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